À l’orée du verger

Vous avais-je déjà parlé de ma passion pour la littérature des grands espaces et plus particulièrement pour la conquête de l’Ouest américain ? Petite, je m’imaginais galoper à travers les champs en compagnie de tribus indiennes et régulièrement j’allais explorer le jardin de mes grands parents en me mettant dans la peau d’une aventurière qui devait trouver le terrain idéal pour construire sa maison. Peut être que les cassettes vidéos de La petite maison dans la prairie avaient fait leur chemin dans mon esprit, mais cet intérêt ne s’est pas atténué avec l’âge et je garde toujours dans un coin de ma tête l’idée de partir vivre au cœur du Montana (Merci Jim Harrison).

dsc_0550

Tous ces égarements indiscrets m’amènent à vous conseiller une lecture récente qui traite d’une famille de pionniers en quête d’une nouvelle vie dans l’Amérique du 19ème siècle : A l’orée du verger, de Tracy Chevalier.

En 1838, les Goodenough fuient le Connecticut pour aller s’installer dans l’Ohio, là où ils pourront devenir propriétaires d’une terre à condition d’y planter des pommiers. Faute de pouvoir aller plus loin, ils élisent domicile dans le Black Swamp, espace redouté pour ses marécages, ses moustiques et ses épisodes de fièvre meurtrière qui font chaque année de nouvelles victimes. Au delà du climat redoutable et des conditions de vie rustiques, la misère humaine sclérose la famille à petit feu, entre une mère qui se venge sur l’eau de vie et un père qui fuit la réalité en se consacrant corps et âme à ses reinettes dorées.  Au sein de cet environnement malsain, les enfants sont victimes, aidant aux travaux ménagers et aux champs, sans répit aucun.

Après un épisode tragique et quinze années plus tard, le fils Robert, s’enfuit en Californie et navigue de petits boulots en petits boulots pour se découvrir une passion similaire à celle de son père : les arbres. Une rencontre avec des séquoias géants l’amène à travailler pour un exportateur anglais, et à rêver d’aventures pour dénicher de nouvelles espèces avant les autres explorateurs. Pendant ce temps, sa sœur Martha traverse l’Amérique en se mettant en quête de le retrouver pour lui annoncer un secret de famille.

dsc_0543

La vie des colons à cette époque n’égale en rien les épisodes de la petite maison dans la prairie, et c’est avec justesse et authenticité que Tracy Chevalier nous dresse le portrait de ces personnages qui ont construit l’Amérique du Nord à force de larmes et de sueur. L’isolement, l’ennui pendant les rudes hivers, les rencontres religieuses comme seules perspectives de vie sociale, tous ces aspects réalistes sont abordés de manière à nous faire compatir avec ces êtres humains, aussi désœuvrés et sadiques soient ils.

L’alternance de la narration offre une plus grande intimité avec les personnages, et la mère que l’on haïssait au début se révèle presque victime lorsqu’elle exprime son désespoir face à ce destin et ce choix d‘implantation qui lui échappe complètement. Sa cruauté n’est pas pardonnée pour autant.

dsc_0539

Au delà du rêve américain démystifié,  Tracy Chevalier a effectué des recherches approfondies avant d’écrire ce roman, qui traite aussi de nature et de culture de pommiers, nous laissant un petit goût acidulé au fil des pages.

Il faudra plusieurs années à Robert pour traverser les Etats-Unis, et nous suivons son laborieux périple de par les lettres qu’il envoie à sa famille. Les notions de temps et de distance nous amènent à relativiser. À sentir chaque pas, chaque journée, chaque nouvel effort pour se nourrir et trouver du travail en espérant aller plus loin, toujours vers l’Ouest, histoire de fuir ce passé torturé et de tourner une nouvelle page. Sauf qu’après la Californie, il y a le Pacifique. On ne peut pas fuir indéfiniment.

Un récit riche donc, qui suit la trajectoire de personnages passionnants, pour avoir une vision documentée et romancée de l’installation des pionniers. 

Voilà, j’ai encore envie de partir en Amérique du nord. A quand une mutation dans le Montana ?

A l’orée du verger de Tracy Chevalier, Editions de la Table Ronde, sortie le 11 mai 2016, 324 pages. 22,50€ 

Crédits photos : Juliette Poulain. Lien blog : http://juliettepoulain.tumblr.com/

 

Laisser un commentaire