Courir, Jean Echenoz

Cette année pour mon anniversaire, la plupart de mes proches m’ont offert des livres sur la course à pied.

Il faut dire que la date tombait à pic : le lendemain du marathon de Paris. Comme je les bassinais depuis plusieurs mois par cet événement phare de l’année 2016, je crois qu’ils ont exprimé leur trop plein de running en me donnant matière à réfléchir. Cette idée m’a semblé d’autant plus brillante que quinze jours après avoir couru ces 42.195km, je suis entrée dans une phase d’hibernation, bannissant de ma vue les baskets qui me faisaient de l’œil et ne m’autorisant que la natation comme pratique sportive.

Cette récupération forcée m’a permis de renouer avec ma passion des livres, tout en restant centrée sur le running, histoire de ne pas décrocher tout à fait.

Après un temps d’hésitation, j’ai choisi le roman Courir de Jean Echenoz pour accompagner mes vacances de printemps, et je l’ai lu tellement vite que j’ai aussitôt regretté de ne pas en avoir amené d’autres.

Entrez dans une petite ville de Moravie au début des années 40 et laissez-vous conter l’histoire romancée d’Emile Zatopek, ce coureur légendaire le plus rapide de la terre.

Courir Jean Echenoz

Résumé : Alors qu’il travaille comme ouvrier dans une usine de chaussures, Emile va être amené à participer à une course à pied organisée par la Wehrmacht, force armée en présence dans le pays. Adolescent peu sportif, il essaie d’y échapper par tous les moyens en prétextant des douleurs imaginaires mais les autorités ne se laissent pas prendre au jeu et l’obligent à se rendre à l’événement.

Sans trop d’efforts, il termine 2ème et ses collègues estomaqués l’incitent à continuer, décelant derrière son style particulier un talent pour la course à pied. Sur le stade désaffecté de la ville de Zlin, entre l’usine et la forêt, Emile s’entraîne de jour comme de nuit pour oublier l’invasion allemande et bientôt, l’activité commence à lui plaire. Les conditions météo et la poussière des cheminées qui s’échappe de l’usine électrique rendent les conditions difficiles, mais il persévère et s’inscrit à l’épreuve des 1500 mètres, se confrontant aux trois meilleurs coureurs tchèques. Il franchit la ligne d’arrivée en premier, avec un sprint final, pratique inconnue à l’époque et qu’il vient d’inventer.

Une fois le pays libéré, Emile effectue son service militaire et enchaîne une série de victoires dont la médaille d’or aux JO de Londres et aux JO d’Helsinki, sur trois distances légendaires : 5000m, 10 000m et marathon. Surnommé « la locomotive », il bénéficie d’une aura internationale et commence à être invité dans des pays occidentaux, ce que les dirigeants communistes voient d’un mauvais œil.

Instrument de propagande au service de l’URSS, arborant le maillot rouge pendant les compétitions, Emile apparaît comme un pur produit de l’économie soviétique alors qu’irait-il faire en territoire capitaliste ?

Quand les Etats-Unis le réclament, on lui demande même de tenir un discours anti-américain, ce qu’il exécute sans trop se poser de questions, pour ne pas faire d’histoire. Tant pis, il ne courra plus qu’en URSS et pays satellites, après tout, tant qu’il peut continuer à exercer sa passion, peu importe le choix du pays.

Ses multiples victoires en deviennent routinières et les médias s’interrogent sur son compte, mais un jour, Emile ne gagne plus. Réussira-t-il à accepter l’affaiblissement de son corps tout en conservant sa passion pour la course dans un pays où les velléités de rébellion sont écrasées sous les chars ?

Courir Jean Echenoz

Mon avis : Je n’avais encore jamais lu de livre consacré à la course à pied, et cette découverte m’a permis d’appréhender le monde à la fois admirable et redoutable de la compétition. L’auteur s’est inspiré de faits réels pour raconter l’histoire d’Emile Zatopek, mais il ne s’agit pas d’une biographie complète. La passion naissante de ce jeune homme simple et doux pour la course le porte à tester de nouvelles méthodes d’entrainement draconiennes, se surpassant sans cesse pour pousser le corps dans ses derniers retranchements. Allant à l’encontre des théoriciens de l’époque, Emile accélère quand la fatigue arrive, ne s’accorde aucune trêve et prend l’habitude de courir avec ses rangers quand il neige. L’objectif ? Multiplier les exercices dans des conditions intenables pour que la course lui semble ensuite plus facile. D’abord méprisé par le monde des athlètes qui le voit débarquer en championnat avec sa tenue négligée, il devient en peu de temps un des sportifs les plus médiatisés et acclamés, sans que cela n’entrave son humilité naturelle.

Rapide et lancinant, le roman se lit d’une traite et au fil des pages se dégage une tension montante qui suit le rythme des victoires d’Emile tout en nous narguant en creux : gagnera-t-il toujours ?

L’aspect politique et le contexte historique de la République Tchèque enlisée dans la guerre froide ajoutent une toile de fond inquiétante au récit, le sport n’étant qu’un instrument au service de la propagande communiste. Certains passages comme le discours anti-américain qu’Emile est forcé de prononcer, la « non-rencontre » avec un journaliste européen ou encore l’avancée de sa carrière militaire au gré de ses victoires sportives laissent au lecteur une envie de rendre justice à ce personnage brisé par le pouvoir.

De par un style pur et synthétique, Jean Echenoz nous dresse un portrait morcelé de l’homme surnommé la « locomotive tchèque », jusqu’au dénouement final, redoutable.

Courir Jean Echenoz

Courir est un livre que j’ai découvert avec intérêt et que j’ai lu en une après-midi, baignée par le doux soleil d’avril en Provence. Chaque chapitre aiguisait ma curiosité et me poussait à en savoir plus en cherchant d’autres éléments biographiques sur le net ainsi que des photos pour visualiser le personnage d’Emile Zatopek. J’avoue que j’ai même essayé de m’entrainer à courir en apnée mais ce fut un échec cuisant, je ne pense pas que ces méthodes draconiennes de champion soient faites pour moi ! Non, il ne faut pas vivre par procuration la vie d’un vainqueur aux J.O, ce n’est pas raisonnable, vraiment.

Quoi qu’il en soit, si vous cherchez un livre puissant et bien écrit sur un héros de course à pied, foncez, c’est la meilleure façon de lui rendre hommage.

1 Commentaire

  1. Je n’ai pas encore lu de livre ayant pour sujet la course à pied, là tu me tentes vraiment. Merci pour cette proposition. Bonne vacances et bon running. A bientôt.

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