Et je danse aussi

Pendant longtemps j’ai boudé ce livre. Bien sûr je savais qu’il existait puisque je guette à peu près tous les nouveaux romans de Jean-Claude Mourlevat mais cette fois ci je lui tournais le dos dès que je l’apercevais en librairie, bien qu’il fût difficile de passer à côté tant il inondait les têtes de vente.

Ce rejet tenait dans le fait qu’il ait été écrit à deux mains, ce qui gageait pour moi d’un résultat assez incertain. Cette réaction est strictement inappropriée, puérile, stupide, je le sais, mais c’est plus fort que moi, je ne vois pas comment écrire un livre à deux. Sûrement parce que je n’en n’aurai jamais les compétences, mais je me dis que l’écriture est une pratique individuelle, que l’on ne peut penser à deux l’évolution des personnages, que l’on se censure obligatoirement pour que l’autre puisse s’exprimer, autre qui a son tour s’adapte à votre style, comme dans une course relais où l’on est contraint d’attendre celui qui nous précède pour commencer. En clair, les conditions de l’explosion ne peuvent pas être réunies, limitées par la part laissée à l’autre.

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Et bien j’ai eu tort.

Et je danse aussi m’a démontré que l’on pouvait écrire à deux comme l’on peut composer une musique à deux, danser à deux, trinquer à deux, rire à deux, c’est à dire avec harmonie.

Un avant goût de l’histoire :

Voici la correspondance épistolaire (par mail, la France est entrée dans l’ère du numérique je vous le rappelle) entre une jeune femme grande, grosse et brune et son écrivain préféré, homme solitaire et lauréat du prix Goncourt. Bien que rechignant à lui répondre au départ, il s’attache vite à leurs échanges quotidien où se côtoient déprimes passagères, humour et anecdotes plus intimes. Si cette Adeline trentenaire enchaîne les catastrophes, Pierre-Marie l’écrivain en panne sèche d’inspiration vole à sa rescousse en lui rappelant pourquoi la vie est belle, comment séduire un homme et en quoi il déteste les écrivains qui finissent leurs phrases par des points de suspension… Echanges légers aux dialogues irrésistibles.

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Jusqu’à ce que Pierre-Marie aborde le sujet de ses ex-femmes, et en particulier de son dernier amour, auréolée d’une mystérieuse disparition. D’autant plus qu’il commence à douter de l’identité d’Adeline, certains détails l’ayant alerté dans ses derniers mails. Et si ces personnages étaient liés par autre chose que l’écriture ? Que contient donc la grande enveloppe envoyée par Adeline le premier jour de leur correspondance ? Derrière le rire et les échanges engagés, une enquête est menée, qui se dénoue mot après mot, au fil des lettres et des révélations.

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Mon avis :

Inutile de vous dire que j’ai dévoré ce livre d’un trait, avec boulimie, comme quand je me jette sur les pâtisseries, sauf que là, je ne le regrette pas. L’intrigue alléchante vous fait tourner les pages de manière frénétique : encore une lettre, non, je ne peux pas m’arrêter là, « Elsa, à table », non pas tout de suite, encore une dernière page, commencez sans moi, le melon attendra. J’ai même oublié de nourrir mon chat qui hurlait à côté de sa gamelle (promis, je me suis rattrapée après).

Beaucoup d’humour, des personnages qui pratiquent avec art l’autodérision, des moments émouvants et aussi une véritable réflexion sur l’évidence et l’acceptation de la vérité. Sans oublier la frontière entre fiction et réalité puisque les deux personnages ne se sont jamais rencontrés dans la vie réelle.

Si comme le disait André Malraux « Le génie du romancier est dans la part du roman qui ne peut être ramenée au récit », Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat ont réussi à captiver le lecteur avec autre chose que des faits puisque c’est bien dans tous les à côtés que réside l’intérêt.

Maintenant j’ai envie d’offrir ce livre à tous les gens que j’aime, comme un bouquet de fleurs souriant, sauf que les fleurs c’est périssable (Jacques Brel passe à la radio).

Et promis, je vais essayer de limiter ma production de points de suspension…  🙂

Crédits photos : Juliette Poulain. Lien blog : http://juliettepoulain.tumblr.com/

 

5 Commentaires

  1. Jennifer dit : Répondre

    Moi aussi je l’ai lu cet été, je l’ai dévoré et adoré ! Je l’ai prêté à ma soeur qui a fait pareil 😄
    Je vais me mettre aux Mourlevat comme toi 😉
    Jennifer

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      Ah super, tu as vu on a envie de le prêter à tout le monde après pour pouvoir en parler ! Je te conseille aussi  » Mes amis devenus » de Jean-Claude Mourlevat, deuxième lecture de l’été que j’ai adorée !

  2. Samantha dit : Répondre

    Tu m’as donné l’envie de lire ce livre. J’ai aussi des à priori sur le fait d’écrire un livre à deux . Mais tu as réussi a piquer ma curiosité. Je te donnerai mon avis quand je l’aurai fini. A bientôt ! ! ! !

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      J’attends ton avis avec impatience, j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi !

      1. Samantha Peronnet dit : Répondre

        Et voilà, je l’ai lu, et j’ai adoré. Ces échanges de mail entre Adeline et Pierre -Marie prennent une tournure que l’on imagine pas . Une fois que l’on commence ce livre, on ne le lâche plus. Merci. Gros bisous.

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