La tragédie du dossard 512

Ah cette tragédie du dossard 512 ! Je crois que tout le club de course à pied est allée la voir sauf moi, qui n’avait pas pu assister à la soirée de groupe. Je pensais que c’était terminé et que la pièce ne repasserait plus à Paris et là, miracle, l’attaché de presse Guillaume Bertrand me propose d’y assister.

Le théâtre Tristan Bernard se situe dans le 8ème arrondissement, non loin de rue Chaptal et du boulevard Malesherbes, lieux que je regrette de ne plus fréquenter depuis des années. Une pièce sur le trail m’avait on dit, tu vas voir c’est drôle, on rigole tout le long. J’étais  piquée par la curiosité de découvrir comment parler de course à pied au théâtre sans que ce soit long et uniquement réservé aux adeptes de ce sport.

Yohann Métay est seul en scène, et il ouvre la pièce sur un personnage peu reluisant et bedonnant amateur de bière et de frites grasses. Son temps libre, il le passe dans les bars, à boire des coups, et la pratique sportive est à des millénaires de ses préoccupations quotidiennes. Un jour, un étrange personnage pénètre dans l’enceinte sacrée du bar et annonce fièrement qu’il revient de l’ultra trail du mont blanc. Fou rire général. Rusé, le coureur n’abandonne pas et provoque les buveurs en les affligeant d’un surnom peu honorable. Pour lui clouer le bec, Yohann riposte en s’inscrivant à l’UTMB, validant son acte par un « Tu vas voir si j’en suis capable » magistral. L’aventure commence.

La préparation physique

Imaginez un homme sans aucune condition physique, sédentaire et tournant à la bière, préparer une épreuve aussi intense que l’UTMB. La mise au sport, l’achat de la tenue appropriée, les entraînements encourageants, le village qui en fait une fierté locale… Tout coureur pourra se reconnaître dans le personnage de Yohann qui parsème ses aventures d’un humour prononcé. Qui ne s’est pas déjà badigeonné de nok pour éviter les frottements ? N’a pas déjà acheté un vêtement spécialisé aux multiples fonctions ? Le passage où il décrit sa tendinite et sa rencontre avec l’ostéopathe réveillera des souvenirs connus pour certains. L’aventure est folle, insensée, avec 170 kilomètres de course et 10 000 mètres de dénivelé cumulé, d’autant plus que le délai imparti est de 46 heures sous peine d’être disqualifié. Par fierté, orgueil, ou besoin de se prouver qu’il peut mener quelque chose à bout, Yohann se lance et le voilà un matin à Chamonix, prêt à franchir la ligne de départ.

La course

Plus de 2000 coureurs sont présents, s’échauffent et s’élancent au son de la voix de l’animateur plutôt démotivant que faiseur d’ambiance. La musique de Vangelis en fond le fait vibrer (et nous aussi ), c’est le défi de sa vie. En chemin, il croise des marmottes, des DRH, des gens qui agonisent et d’autres qui sont déjà 70 kilomètres devant. Il dialogue avec lui même pour se donner du courage et plus particulièrement avec ses organes à qui il donne la parole : « Regarde ce que tu as fait de moi » lui dit le foie, à l’article de la mort, pendant que l’orgueil (clin d’œil à Nicolas Sarkozy) s’emplit de fierté et que la santé balance « On va tous crever ! ». La musique et la lumière accompagnent pleinement le personnage qui se laisse aller à délirer devant une navette de rapatriement et fantasme avec avidité devant un plat de nouilles qui lui sera refusé.

Le dépassement de soi

Dépouillé de toutes ses forces, sans plus aucun muscle pour lui répondre et se faisant presque dépasser par une mémé qui accompagne les traileurs en fin de parcours, il franchit la ligne et obtient le graal : la polaire finisher !

Au delà de la comédie qui naît de la répétition et de blagues, il faut le dire, assez grasses, la pièce pose la question de nos propres limites et de la volonté de les surpasser. Se lancer un défi comme courir l’UTMB apparaît ici comme une volonté de rendre fier ses pairs, mais surtout de se redécouvrir et de voir que l’on est capable d’aller au delà de l’imaginable. Yohann Métay a participé deux fois à l’UTMB et c’est avec passion et entrain qu’il nous fait vivre par procuration sa folle aventure.

Que les non coureurs soient rassurés, La tragédie du dossard 512 ne risque pas de vous ennuyer une seconde. On y parler de trail, de ravitos et de nok mais avant tout d’intériorité, d’humanité et de grandeur dans la fragilité.

Pour y assister, c’est où ?

PROGRAMMATION
au Théâtre Tristan Bernard
64 rue du Rocher, 75008 PARIS
jusqu’au 29 avril du jeudi au samedi à 19h
du 4 au 13 mai, du jeudi au samedi à 21hLOCATION
www.theatretristanbernard.fr
Tél : 01 45 22 08 40
Tarif : de 16€ à 29€
La bande annonce, c’est ici :

2 Commentaires

  1. Nicolas G. dit : Répondre

    Encore un bel article qui donne envie de sortir… Merci et bravo !

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      Plus que quelques jours avant la fin du spectacle, foncez !

Laisser un commentaire