Short race Annecy

« Oui maman, un trail à Annecy. On y va avec le club de course à pied, certains font les 83km, d’autres les 42 et nous les 15. »

« Ah, 15 seulement, vous l’avez pris cool alors ? »

Voilà les paroles prononcées par ma mère quand je l’ai eue au téléphone la veille du départ de la short race, abandonnant tout espoir de la voir me féliciter pour l’exploit physique que j’allais accomplir.

Cette course « cool », nous l’avions prévue depuis bien longtemps avec le club et le week end de l’ascension est si vite arrivé que je n’ai même pas eu le temps de m’entraîner correctement (pas ma faute…). En ce jeudi férié, l’autoroute des vacances nous tendait la main et nous sommes partis en voiture, le coffre chargé de bâtons, poches à eau et autres barres énergétiques parfumées.

La ville d’Annecy nous a accueillis et éblouis, son lac immense aux eaux turquoise annonçant un avant-goût d’été. Notre coach avait trouvé un petit appartement proche du centre-ville et nous avons pris le temps de nous prélasser avant de ressortir manger une glace et nous balader dans les rues grouillantes de touristes.

On avait dit repos avant la course. Baignade dans le lac si la température de l’eau le permettait, à la limite un peu de marche mais avant tout du calme pour nos jambes.

« Un p’tit tour de vélo quand même ? » a lancé coach Alain

Pourquoi pas ? Après tout, ça peut être sympa de faire le tour du lac en pédalant ?

Au début tout va bien !

Et voilà comment nous avons fini avec les fesses douloureuses et les jambes pleines de courbatures la veille de la course ! 46 km quand on ne fait jamais de vélo, ce n’est pas si tranquille finalement.

Au club, certains coureurs participaient aux courses de 83km et nous avons suivi attentivement leur progression. Marie-Lou, une excellente coureuse qui partait sur les 42km le lendemain nous a rassurés :« Non mais ce n’est pas pour nous des courses pareilles, c’est pas avec un Fontainebleau et trois Bures sur Yvette que l’on peut rivaliser avec les types de la montagne… C’est pas pour nous ». Oup’s ! Et pour les tortues du groupe 3 alors ?

Éloge de la paresse
Après avoir dégusté de bonnes galettes

Tant pis, les inscriptions étaient prises, il fallait le faire ce trail. 15km avec 900 mètres de dénivelé. Je ne sais pas pourquoi mais c’est toujours la veille des courses que je réalise que je manque d’entrainement. Au moins je n’y pense pas avant, ça doit être un moyen de me rassurer.

5h45, le réveil sonne, je me lève et ouille, le vélo a laissé une douleur sous mes fesses. Nous trottinons jusqu’à la navette qui doit nous emmener à Menthon Saint Bernard, lieu de départ de la course, et nos corps dégoulinent déjà. Qu’est-ce qu’il fait lourd dès le matin !

Tous les membres du club qui participent aux 15km se réunissent pour la photo d’avant course, l’esprit de groupe offre une force nouvelle. Telles des abeilles rouges et blanches aux couleurs de notre maillot, nous crions tous d’une seule voix « Allez la SAM » et les autres coureurs nous observent, amusés. Le speaker annonce le compte à rebours, la tension monte et c’est parti, nous passons la ligne de départ en se bousculant pour trouver nos places.

Au début, ça montait un peu. J’ai essayé de trottiner en me disant que tout était dans le mental et que j’aimais bien les séances de côtes lors des entraînements. J’ai très vite déchanté car le dénivelé s’est peu à peu accentué et je ne pouvais m’empêcher de penser à Kilian Jornet en train de gravir l’Everest. Quel phacochère j’étais à côté !

Heureusement, ma collègue Marie m’a attendue, voyant que je n’étais pas loin derrière, et nous avons pu continuer ensemble, papotant sur le chemin avec un haut normand qui nous parlait de courses étranges « Comment ça, vous ne connaissez pas la Paris-Nantes ? »

Pendant ce temps, le premier du 42km se faufilait parmi nous à la vitesse de l’éclair, montant avec une facilité indécente.

L’arrivée au sommet ! Après une montée sèche et des cordes pour nous aider, nous parvenons en haut et la vue panoramique sur le lac est imprenable. Pause photos avant de repartir pour la descente, très technique.

Finalement, j’ai encore plus de mal qu’en montée ! Une souche par ci, des pierres qui glissent par-là, le genou qui se plaint et la cheville qui crie « Non mais t’es sérieuse là ? ». Je fonce pour suivre Marie mais ne contrôle pas tous mes mouvements, frôlant de près la chute. Au bout d’une heure de descente, le manque d’entrainement se fait ressentir dans les quadriceps, et mes cuisses molles comme de la pâte à pain me font comprendre que je suis trop dure avec elles. Tant pis, elles n’avaient qu’à être plus musclées !

L’ombre des arbres nous protège de la chaleur, les odeurs de la terre caressent nos narines et malgré la concentration, je ne peux m’empêcher de penser que je suis bien dans cet environnement.

Un litre d’eau et deux barres aux amandes plus tard, nous entendons le speaker et le brouhaha de la ville qui s’approche… Serait-ce bientôt la fin ? La course se termine sur une longue ligne droite toute plate en plein cagnard. La torture ! Rendez-moi les montées ! « Allez, on finit ensemble » m’encourage Marie et c’est grâce à elle que je ne m’arrête pas pour marcher et reprendre mon souffle, la suivant coûte que coûte pour franchir la ligne à ses côtés.

Ce passage d’un kilomètre environ m’a semblé le plus difficile et le plus interminable, sans doute à cause du changement de rythme.

« Allez la SAM, allez les filles ! ». Les petites abeilles rouges et blanches du groupe nous encouragent sur le côté, ils crient nos noms, nous donnent toute la force nécessaire pour accélérer un petit peu, juste ce qu’il faut pour gravir le tapis rouge avec le sourire. Et c’est déjà fini !

Du ravito et des cadeaux maintenant !

« Heu non, pour les finishers du 15km il n’y a pas de tee-shirt par contre, juste un bandeau. »

Ah. Déception. On a vraiment l’impression de passer pour des petits joueurs avec nos 15km.

L’émotion de la course et le plaisir de retrouver le groupe prend le dessus et nous filons mettre les jambes dans l’eau claire et fraîche du lac pour récupérer.

Je savoure le moment où la course est terminée mais où l’on peut encore encourager ceux qui arrivent après, taper dans les mains en signe de vécu, les interpeller pour leur donner le sourire. Laisser la bonne fatigue s’emparer de nos corps et se prélasser au soleil autour du lac en analysant en détails les 15km avec les autres participants.

Nous attendons coach Alain, loin derrière à cause de son genou en vrac, et tous les samiens lui offrent une haie d’honneur en le voyant débouler, bâtons en main. Un bel esprit de cohésion en cette magnifique journée.

Des heures de route nous attendent pour rentrer dans la capitale, il parait que c’est une journée rouge mais on s’en fiche, rien ne saurait gâcher ce weekend prolongé.

La short race est un trail de 15km avec 900 mètres de dénivelé qui offre une vue plongeante sur le lac. Un parcours sublime en pleine nature avec du relief et une descente technique. Mieux vaut être préparé et avoir des bâtons. S’il n’y a rien à redire sur la course, nous avons été un peu déçus d’être traités différemment des autres traileurs (ceux des 42, 83 et 110 km) : pas de sac au retrait des dossards, pas de ravito pendant l’effort, pas de tee-shirt à l’arrivée… Nous avons vraiment eu l’impression d’être des sous catégories !

Mais ce n’est pas ce qui reste après un tel moment. Amitié, partage, groupe, rires, émotions laissent des traces indélébiles. Ah oui et n’oublions pas : les courbatures du lendemain !

Vive la SAM !

 

4 Commentaires

  1. Merci pour ce récit. On a l’impression d’y être ! Bravo à toutes les petites abeilles 🐝🐝🐝

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      Merci beaucoup !

  2. Sophie dit : Répondre

    Ca me donnerait presque envie de m’inscrire à un trail … 🙂

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      Ne me dis pas ça ou je nous en trouve un à Montpellier 🙂

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