Voyage au Sri Lanka : partie 2

Comme je vous l’annonçais dans le précédent article, le récit du voyage au Sri Lanka se compose de deux parties. Voici la suite des aventures, avec l’arrivée dans la ville de Kandy.

« Kandy on arrive, tes montagnes se dévoilent et tu nous accueilles en un vacarme assourdissant de voitures polluantes coincées dans un trafic inextricable. Tant pis, nous t’aimons ainsi. Ton marché nous étourdit, les vendeurs crient devant leurs balances en fer, les mangues côtoient les ananas qui eux mêmes se mélangent aux mille variétés de bananes, et dans l’air on surprend des relents de poisson frais (heureusement !). Un trop plein de vie qui jaillit et éclabousse nos habitudes de quiétude.

Loin de ce tumulte de paroles et de gestes, nous passons la nuit dans un hôtel accroché sur les hauteurs et un charmant serveur nous présente la chambre en nous signalant que la salle de bain est indisponible et qu’il faudra aller se doucher à la réception (it’s a joke !). Joyeux taquin bavard et malicieux, il ne cessera de blaguer toute la soirée et son œil brille chaque fois que nous mordons à l’hameçon. Il y a quelque chose de sage derrière sa folle jeunesse.

Et puis tout s’accélère. Nous n’avons le temps d’entrevoir le jardin botanique que dans ses grands contours, lui qui mériterait d’être découvert en une journée. Les palmiers rivalisent de formes, tailles et couleurs et l’aile des orchidées se découpe en motifs délicats. Au loin, les chauve-souris suspendues sont autant de fruits noirs qui surchargent les arbres.

Sur la route pour Nuwara Eliya nous visitons en montagne une fabrique de thé. Les années de labeur de lisent sur les collines, chaque parcelle de terre recouverte d’or vert ravivant la mémoire des hommes et des femmes qui se sont agenouillés pour semer ces plantations, les approvisionner en eau et et récolter. Dans nos sacs de touristes, nous repartons avec une poussière de cette histoire.

Le climat change et la route est longue et tortueuse, nous arrivons tard à Nuwara Eliya qui nous marque par ses traces aux accents britanniques. Les maisons victoriennes fleurissent avec les palmiers. Les manoirs écossais touchent la jungle du bout de leurs lèvres embrumées.

Nos pensées galopent ailleurs en ce vendredi matin car nous savons que cette nuit, le pic d’Adam nous attend. Cette montagne est un roc que notre imaginaire dessine, lieu de pèlerinage pour les bouddhistes, les hindous et les musulmans, il paraîtrait que le soleil s’y lève comme nulle part ailleurs.

Le réveil sonne à 1h du matin, sac sur le dos et vêtements chauds, nous partons pour l’ascension à l’instar de milliers de pèlerins.

Des boutiques clignotantes aux allures de fête foraine s’entassent sur le côté, et leurs lumières incandescentes agressent l’œil assoupi par leurs couleurs fluorescentes.

La tête tourne au fil des marches gravies. Temple japonais, rivière, statue de bouddha, les repères sont là et la pleine lune dégage un filet argenté qui rend la nuit moins noire qu’elle ne l’aurait été. Nous bousculons les pèlerins, les pèlerins nous bousculent, des femmes portent dans leurs bras des bébés assoupis et des personnes âgées s’efforcent de monter, s’arrêtant à chaque marche, le souffle rauque et coupé.

Il est 4h du matin, la foule n’avance plus, coincés dans la cohue nous arrêtons nos pas, contraints de constater que nous resterons en bas.

C’était un week end couplé d’un jour férié et d’une nuit de pleine lune, il fallait être fou pour penser avoir pu arriver au sommet. Accompagnés de milliers de pèlerins en surnombre, nous reprenons le chemin en sens inverse sans même jeter un regard aux vendeurs qui nous apostrophent pour nous vendre des galettes aux senteurs douteuses.

Samedi tu es là et c’est déjà la fin, le chauffeur nous amène à l’aéroport de Colombo et ce dernier trajet a un goût de fatalité.

Sri Lanka je m’en vais, les passagers sont appelés, une boule en dedans qui ne désemplit pas et toi tu restes là, impassible et muet. Ton indifférence me glace, comment peux tu me laisser partir et continuer tous les jours, accueillir d’autres touristes, les appâter les étourdir, ne plus te soucier de moi, aussitôt remplacée ?

La boule est toujours là, Sri Lanka je m’en vais, un voyage s’achève, je ne suis pas chez moi ici mais je ressens l’absence se faufiler dans ma gorge. Au moment du départ, je lève la tête sur ce pays derrière moi et m’enferme dans les souvenirs qui foisonnent déjà, bien au chaud dans ma mémoire, farandole d’au-revoirs. 

Tes couleurs, tes visages, tes parfums et ton âme, ta verdure, ta moiteur, tes fruits et tes oiseaux, indomptable et sauvage.

Et par dessus tout, au delà des choses, éblouissant et radieux, le sourire des Sri lankais.

Merci à Stéphane, notre chauffeur-guide tamoul qui nous a appris à découvrir, connaitre et aimer le Sri Lanka.

11 Commentaires

  1. Magnifique ! Merci pour cette invitation au voyage Elsa.

  2. Liloodu34 dit : Répondre

    Ça me donne envie de partir… Ce pays a l’air magique !

  3. Hugo dit : Répondre

    Ton récit est fantastique. Merci de nous faire voyager aussi loin.

  4. Rébecca dit : Répondre

    J’ai voyagé en te lisant, merci pour cette parenthèse colorée loin de la grisaille bretonne. J’ai souri à « ce dernier trajet a un goût de fatalité » Le fatum, encore et toujours ! J’espère que le culture shock de retour à la vie parisienne s’est passé sans trop de heurts. Bisous bisous

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      La grisaille bretonne a aussi son charme 🙂

  5. Christelle dit : Répondre

    Merci d’avoir partagé avec nous ce beau voyage. Et bravo pour ta belle écriture poétique.

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      Merci ! Ça me permet de le prolonger encore un peu.

  6. Isabelle triolo dit : Répondre

    Merci pour ton recit ma cherie☺ voyager et rever a travers toi sans bouger ! C’est formidable. Ma future romanciere!

  7. Audrey & David dit : Répondre

    Nous revenons du Sri Lanka et, nostalgique, je cherchais des récits de séjours au Sri Lanka. Je vais lire les autres articles mais à la lecture de celui-ci, nous étions peut être le même jour sur les marches de l’Adam’s Peak. Nous y étions le 4 février, jour où les Sri Lankais fêtent l’indépendance du pays par un pélerinage à l’Adam’s Peak (ou plutôt Sri Pada). Bref, près de 9 heures pour arriver au sommet au milieu d’une foule incroyable. Une sacrée galère mais quels souvenirs !

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      Presque ! Nous y étions le samedi d’après, le 11 février. Impossible pour nous d’arriver au sommet, c’était aussi un jour férié et sacré. Bravo à vous pour y être arrivés ! Nous sommes aussi nostalgiques et continuons à penser à ce voyage chaque jour, il imprègne notre quotidien maintenant.Si vous avez aussi des récits à nous proposer, nous serions ravis de les lire pour repartir là bas au moins en pensées !

  8. Ségolène dit : Répondre

    Très beau voyage avec de très belles photos. Merci de nous faire partager ce pays qui n’est pas touristique.

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