Celle que vous croyez

Tous les matins avant d’aller travailler, je prends mon petit déjeuner en écoutant France-Inter. Cette agréable routine me permet d’être informée rapidement de ce qui se passe en France et dans le monde tout en mâchouillant mollement mes céréales.

Un matin printanier, alors que je me dépêchais de débarrasser pour investir la salle de bain avant le réveil du mari, un chroniqueur a retenu mon oreille distraite par la présentation d’un roman. J’ai été tellement intriguée que j’ai fini par me rasseoir pour reprendre une tartine et céder ma place dans la salle de bain pour l’écouter. Le soir même en sortant du travail, je me ruais en librairie pour acheter ledit roman et comme à mon habitude je l’ai posé dans la bibliothèque pour le lire pendant les vacances d’été. Voici une histoire qui s’est faite attendre : Celle que vous croyez, de Camille Laurens.

Résumé :

Claire est une enseignante cinquantenaire divorcée et mère de deux enfants. Curieuse d’en savoir plus sur le profil facebook de son petit ami volage, elle se crée un faux compte sous le profil d’une jeune femme ravissante de 25 ans et demande à devenir amie avec Chris, le colocataire de son conjoint.

De discussions futiles au départ, la relation virtuelle va devenir une vraie attirance mutuelle jusqu’à ce que les deux personnages ne puissent plus se passer l’un de l’autre. Enfermée dans cet avatar dont elle ne peut s’émanciper sous peine d’être démasquée, Claire va s’enliser dans le mensonge à une vitesse vertigineuse.

Mon avis :

Sous couvert d’un résumé assez simpliste, ce roman est construit comme une poupée russe et quatre histoires découlent en fait de la narration initiale :

  • Celle de Claire qui raconte son dangereux amour virtuel à son médecin, sous forme de monologue.
  • Celle, rêvée et fantasmée, que Claire invente en atelier d’écriture et où elle imagine une fin différente avec une véritable rencontre et une vie commune avec Chris.
  • Celle de Camille, écrivaine, dont le récit est étrangement similaire à celui de Claire à quelques détails près.
  • Celle de l’ex-mari de Camille qui témoigne contre elle pour pouvoir se marier avec une femme de 25 ans sa cadette.

 

Un étrange jeu de miroir relie ces quatre versions d’une même histoire pour atténuer la frontière entre fiction et réalité. Le lecteur est obligé de relire les pages précédentes pour comparer, savoir d’où part le récit initial et comprendre si les personnages existent réellement ou s’ils ne sont que le fruit du travail de l’écrivain. « Quelle peine est vraiment perdue si elle aboutit à un livre ?»

Un des thèmes principaux du roman est la place des femmes de plus de cinquante ans dans la société actuelle. Dès les premières lignes, Claire s’insurge contre cette discrimination qui pour elle, pousse peu à peu les femmes vers l’oubli, puis vers la mort. Beaucoup d’exemples concrets illustrent ces constats désarmants par leur violence psychologique et l’expérience que Claire tentera avec Chris lui assénera le coup final. Après 50 ans, la femme est périmée, obsolète, jetable, elle doit laisser la place aux plus jeunes, alors que l’homme gagne en sagesse et en charme.

Les doubles (anti ?) héroïnes du roman exercent le métier d’enseignantes à l’université. Elles parsèment leur récit de citations littéraires en référence à Corneille, Marivaux, Laclos… les enrichissant ainsi et leur donnant plus de profondeur.

J’ai dévoré le livre en quelques heures, la trame de l’histoire ayant un véritable pouvoir addictif qui vous pousse à continuer pour savoir jusqu’où ira le personnage dans le mensonge. Claire ne cesse de critiquer un modèle sociétal brutal envers les femmes mûres mais entre elle aussi dans le moule de la séduction par la jeunesse et l’apparence physique. Entre création littéraire, vrai/ faux et (fausses ?) confidences, le lecteur est ici confronté à une fiction déstabilisante et haletante.

Citations extraites du livre :

 » Et l’anxiété me tenaillait dans ces moments-là, comme tout ce qui est impossible sans pour autant qu’on y renonce. Accepter de ne pas pouvoir, ce doit être ça, le bonheur. »

 » Tu es amoureuse de lui mais sans le connaitre (…). L’amour, c’est vivre dans l’imagination de quelqu’un ».

 » La sensualité dispense de mots. Proust ne manque jamais à ceux qui font l’amour ».

Crédits photos : Pixabay.

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