La route

La route de Cormac McCarthy trône dans la bibliothèque de mon conjoint depuis plusieurs mois et à chaque fois que je passe devant j’ai comme une furieuse envie de l’attraper et de m’y plonger. Je ne saurais dire pourquoi mais ce livre m’attire avec sa couverture tirée de l’adaptation cinématographique et son titre évasif alors je finis par m’en emparer en posant tout de même la question au principal intéressé par acquis de conscience :  » Tu ne vas pas le lire tout de suite ? tu as encore plein de bds à finir il me semble ? »

Et hop, kidnappé le bouquin ! Je l’ai lu d’une traite cet été et si je décide aujourd’hui de vous en faire la critique, c’est parce que je vous le conseille, tout naturellement 🙂

Résumé :

L’apocalypse a eu lieu. Un père et son fils errent à travers les débris et les villes sans vie, cherchant à rallier la côte sud dans un monde où la lumière a fait place aux cendres et à l’obscurité glaçante. Chaque jour ils doivent survivre, chercher à manger, trouver un endroit où dormir et échapper aux autres survivants décharnés devenus cannibales. Marchant sur la route malgré la faim, le froid et la maladie, ils veillent l’un sur l’autre et essaient de préserver ce qui leur reste d’humanité au grès des rencontres indésirables et de l’absurdité de leur condition.

Mon avis :

  • Un roman sur le thème du « survival » qui mêle des questions à la fois triviales et métaphysiques : comment faire pour répondre à ses besoins primaires et survivre dans un environnement hostile où même la lumière a disparu ? Pourquoi continuer à avancer malgré le désespoir ambiant et le retour inexorable à la condition animale ? Les personnages sont promis à une mort prochaine et imminente, plus rien ne semble perdurer de l’ancien monde et pourtant ils résistent et avancent, alors même que l’espoir les abandonne.
  • Un éden oublié :  » Sur cette route, il n’y a pas d’homme du verbe. » on peut se demander si « l’avant » a réellement existé et si cela a un sens, en fin de compte. On a le sentiment d’un abîme et d’une rupture temporelle, celle du « temps d’avant » déjà révolu et aux traces tangibles effacées. « Quelle différence entre ne sera jamais et n’a jamais été ? ». Sans mémoire ni témoin, le passé existe t’il encore ? Quelques rares fois, le père ressent une réminiscence du monde antérieur en évoquant des odeurs, couleurs, paysages… en opposition au champ lexical de l’obscurité qui guide le roman.
  • L’homme porteur de feu : à plusieurs reprises, l’enfant demande à son père s’ils sont « les gentils » (ceux qui ne mangent pas les autres) et s’ils portent le feu. Cette référence à la culture antique pourrait évoquer le mythe de Prométhée qui vola le feu sacré de l’Olympe pour le donner aux hommes sur la terre afin de leur permettre de survivre face aux hostilités du monde. L’enfant est donc porteur d’espoir en l’humanité.
  • Référence au mythe de sisyphe : « marchant sur le monde mort comme des rats tournant sur une roue ».
  • Du livre se dégage une forte émotion notamment dans la tendresse de la relation père-fils et la bonté de l’enfant qui souhaite toujours partager le peu qu’il possède.

Le style littéraire est fragmenté, les scènes du quotidien se répètent successivement et les dialogues sont rares. Le rythme est court, laconique, accompagnant ainsi le périple des personnages dans toute sa rudesse. Ces derniers n’ont pas de prénom et ne sont identifiés que par leur fonction au sein de la cellule familiale « père-fils », comme s’ils n’étaient pas des individus mais les derniers représentants de l’espèce humaine.

C’est un roman très intense que j’ai découvert cet été et je vais bientôt regarder le film car je suis curieuse de connaître son adaptation. Le style est totalement épuré, il y a quelques dialogues courts et les mêmes phrases reviennent très régulièrement, au rythme du temps qui passe et de la répétition inexorable et absurde de la survie quotidienne.

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