Marseille-Cassis 2017

Cette course était réservée depuis mars. Une inscription de groupe, gérée par un membre du club qui nous avait permis d’obtenir des dossards malgré le nombre restreint de participants. « Une des plus belles courses de France » m’avait on répété. Je l’attendais avec impatience, ce Marseille-Cassis au parfum de calanques, de bleu et de rochers découpés entre ciel et mer.

Et puis septembre est arrivé, rompant brutalement une vie insouciante par des obstacles lourds comme un couvercle. Épuisée et mal entraînée, j’ai d’abord pensé revendre mon dossard pour ne pas gâcher une si belle course à cause des circonstances et de mon état physique proche de zéro. J’ai changé d’avis, hésité, réfléchi et finalement, plus par respect vis à vis de la location de groupe airbnb que par réelle conviction, je me suis décidée à y aller.

Marseille nous a accueillis avec son mistral bienveillant en signe de bienvenue et je suis allée rejoindre mes collègues parisiens qui avaient entre temps récupéré les dossards. Après une courte nuit sur un clic clac bancal, j’ai pris un bon petit déjeuner et suis allée prendre le départ près du stade Vélodrome.

Le vent avait légèrement chuté pendant la nuit et dès le dépôt des sacs au vestiaire je me suis dit qu’après tout, j’allais en profiter de cette course. J’ai enterré loin sous terre la fatigue et le manque de motivation de ces dernières semaines et ai souri au paysage qui s’offrait à moi en ce dimanche matin. Des coureurs qui fourmillent de mille couleurs pastels, des files d’attente interminables pour les toilettes, des selfies dans le stade, des embrassades, un peu de nervosité… Ce tableau m’a remis dans l’ambiance propre à l’avant course qui me stimule tant.

« Hé mais pourquoi t’es pas dans le même SAS que nous ? Tu as eu un dossard préférentiel ? » Les questions de ma collègue me ramènent à la réalité : une erreur dans l’inscription m’a léguée un dossard en 1h30 avec les élites ! Pour moi qui comptais faire la course en 2h c’est plutôt comique. C’est ainsi que je me retrouve pour la première fois de ma vie de coureuse à partir avec des jeunes hommes élancés issus d’un autre monde que le mien et que je découvre le plaisir d’être seule sur le parcours ! En attendant que le SAS de 1h45 vienne me rattraper, je profite de quelques minutes où la route n’appartient qu’à moi. Quand je pense que mes collègues du SAS de 2h n’ont cessé de se bousculer sur les premiers kilomètres !

Je cours lentement. Très lentement. Ce qui compte avant tout, c’est d’arriver à Cassis et vu mon état de fatigue avancé, ce serait déjà un miracle. J’observe avec précaution les paysages autour de moi, narguant le faux plat du début de parcours avec un rythme proche de la marche. Peu à peu, la ville s’éloigne et les rochers blancs apparaissent, découpés dans le ciel bleu et parsemés de vert garrigue. Quand s’annonce le col de la Gineste tant redouté, je continue sur la même lancée et ne souffre absolument pas de la montée. Le mythe d’une ascension insurmontable s’effondre et je gagne confiance en mes capacités, m’arrête pour prendre des photos, m’exclame devant ce paysage de Provence qui se déroule à ma droite. On se croirait dans un tableau de Cézanne.

La descente vers Cassis me donne de nouvelles ailes et je sens que mes jambes ont envie de se délier davantage. Je les laisse me guider, grisée par ce sentiment de voler et débarrassée un temps de toutes mes angoisses passées. La mer et le soleil, deux éléments incontournables et naturels, me portent avec eux dans cette reconstruction. Le dernier vers du poème Je t’aime de Paul Eluard m’enveloppe avec joie : « Tu es le grand soleil qui me monte à la tête quand je suis sûr de moi ».

L’arrivée ne se fait plus sur le port de Cassis cette année suite au plan vigipirate et c’est donc directement dans la commune que les milliers de coureur franchissent la ligne finale. Je n’ai plus beaucoup accéléré après le 17ème kilomètre, un peu perturbée par les feintes des montées de dernière minute qui jaillissent de nulle part mais c’est sereine et bien dans mes baskets que je termine la course. Le chrono annonce 1h58 et je suis très fière de moi, de ma gestion de l’effort et de mes ressources malgré mon état actuel. 

Le retour à Marseille se fait dans la bonne humeur et les retrouvailles des collègues mais le transfert en car est un peu long… 17 000 coureurs au total, cela demande de l’organisation. Je rentre chez moi avec de belles images plein la tête, des jambes qui se plaignent et surtout, une confiance retrouvée. Encore une fois merci la course à pied.

Je sais que ce billet n’est pas très technique, qu’il ne donne pas beaucoup de détails sur la course mais c’est plus du côté des émotions que j’ai vécu ce Marseille-Cassis. Les dossards sont très durs à obtenir mais je vous conseille vivement d’y participer au moins une fois car les paysages sont grandioses et le défi de taille avec les 10 premiers kilomètres entre faux plats et montées. Si l’occasion se présente, j’aimerais y participer à nouveau l’an prochain dans de meilleures conditions et viser un vrai chrono. En plus le tee-shirt est top 🙂 

En tout cas je vous conseille d’y participer !

Certains l’ont ils déjà faite ?

 

2 Replies to “Marseille-Cassis 2017”

  1. 1h58 sans entrainement c’est très bien! 🙂
    Faut le refaire l’année prochaine, pour la 40e édition!

    1. Les carnets d'une runneuse dit : Répondre

      Merci 🙂 Et bravo à toi aussi, ça m’a fait plaisir de te voir sur la course !

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