Woofing’s experience

– Non mais vraiment ? Vous allez bosser dans une ferme pendant l’été ?

Mes collègues me regardent d’un air hébété, la bouche entrouverte et les yeux ronds de surprise, lorsque je leur annonce que je vais partir faire du woofing en juillet. Pour la traduction, woofing signifie « working on organic farms ». Le concept, né au Royaume Uni, permet à des agriculteurs ou fermiers d’accueillir chez eux des volontaires souhaitant découvrir des méthodes de culture bio et des modes de vies alternatifs.

En l’échange du gîte, du couvert et de la pratique de la langue, le volontaire s’engage à aider aux travaux quotidiens qui dépendent du domaine d’activité de la ferme : jardinage, élevage, tonte de moutons, fabrication de cidre… Les spécificités sont toutes aussi nombreuses que les lieux d’accueil.

Le site woofing.uk est tellement rempli de propositions qu’il est difficile de faire le tri : choisir une ferme perdue en Ecosse pour déconnecter totalement et vivre au milieu de paysages grandioses ? Ou plutôt près d’une grande ville pour avoir le temps de visiter pendant les jours de repos ? De l’agriculture ? De la fabrication de formages ? De la cueillette de fruits ?

Heureusement, une amie de ma soeur avait tenté l’expérience l’année dernière et s’était empressée de me recommander un endroit en particulier, dans le centre-ouest de l’Angleterre, à la frontière avec le pays de Galles. « Ce sont des gens extraordinaires avec un jardin magnifique ».

Et c’est ainsi que nous avons atterri à Guilden Down cottage le 11 juillet 2017, dans la ferme de Sue et Mike, elle, ancienne prof de psycho et lui jardinier de profession.

Après 8h de route sous la grisaille et la pluie (« Dans le sud c’est la canicule » s’exclame ma mère), nous sommes chaleureusement accueillis au cottage par les embrassades de Sue, le sourire de Mike et les joyeux aboiements des deux chiens, Sky et Lottie.

Nous nous mettons rapidement à l’aise et les quelques mots d’anglais baragouinés pour raconter le voyage nous rappellent que nous n’avons pas pratiqué la langue depuis dix ans !

Un bon repas chaud nous attend sous la véranda et pour finir, Sue nous tend une ardoise de desserts à faire rêver les plus gourmands et nous dit  » Let’s choose a cake ! « .

Installés ici depuis treize ans, Sue en Mike possèdent un incroyable jardin regorgeant de délicieux fruits et légumes, de poules, de champs avec des moutons et depuis peu d’un salon de thé estival ouvert aux marcheurs souhaitant prendre un peu de repos : Tea on the way.

Nous aurons l’occasion de goûter à toutes ces gourmandises pendant le séjour.

La maison de Sue et Mike ressemble à celles que l’on peut trouver dans un conte de Béatrix Potter : toute en couleurs crèmes et cosy, moquette moelleuse dans les chambres et canapés tout mous dans le salon. La cuisine au charme désordonné y est le lieu de vie par excellence, constamment envahie par les moules à gâteaux, plats à tarte et théières en folie. Une odeur réconfortante de repas chaud y flotte souvent, quand ce ne sont pas les scones aux formes extravagantes qui dorent dans le four.

Nous nous sommes sentis à l’aise dès le premier jour.

Cueillette de cassis et de groseilles, coupe des fleurs mortes (dead-heading), balade des chiens dans la forêt le matin, construction d’un pont dans le jardin, collecte des oeufs dans le poulailler, service des clients de Tea on the way... Voici un aperçu de nos tâches au quotidien.

Notre chambre donne sur une vallée faite de collines et de chemins verts et jaunes quadrillés, l’air est frais et pur, nulle trace de pollution dans cet havre de paix.

Les nuits sont longues et reposantes et nos hôtes font tout pour que nos tâches soient les plus variées possibles. Les clients viennent prendre le thé, s’intéressent à la France et essaient de s’exprimer dans la langue, au rythme des rires qu’engendrent les accents mal placés. Un vieil homme fier me demande du « crachin au citron » en guise de « lemon drizzle » et j’essaie de lui expliquer que j’ai vu un lièvre dans la forêt pendant qu’il me regarde étonné croyant que je lui parle de mes cheveux (hare / hair).

A 15h30 chaque jour, it’s chicken time et nous allons ramasser les œufs dans le poulailler. Depuis quelques temps, une grosse poule noire couve et refuse catégoriquement de se lever pour aller manger « Il faut la prendre dans les bras et la soulever pour aller récolter les œufs qu’il y a dessous » nous dit Mike en saisissant l’animal. Ah. On se regarde avec Nico et le lendemain à la même heure la poule menaçante nous observe de son œil noir. Mon courage légendaire se déploie aussitôt : « Tu le fais Nico ? » Nous nous retrouvons lâches devant ce gallinacé qui tend le bec avec raideur dès que nous tentons de l’approcher. Tant pis, nous laisserons Mike venir chercher les œufs !

Les jours de pluie, Sue nous amène  dans les Charity shops pour que je trouve un service de thé à prix réduits. Nous visitons Bishop’s castle, Montgomery et son château en ruine, Clun et ses jardins en fleurs.

Bavarde et passionnante, Sue discute avec nous d’éducation, de permaculture et de recettes. Le lien entre les deux cultures se crée au travers des êtres qui les représentent, c’est un véritable échange. Les chansons françaises côtoient les contes anglais, les histoires de Brexit amorcent la politique et ce joyeux brouhaha se déclame dans la langue de Shakespeare.

Le soir de nos un an de mariage, Sue nous prépare un pique-nique romantique, bouquets de fleurs à l’appui, et nous allons le déguster en haut d’une colline avec une vue surprenante sur les vallées. En portant le panier dans la clarté du jour qui décline, une vague de bonheur m’étreint, soudaine et volumineuse, je me sens noyée jusqu’aux yeux de cette pureté qui nous entoure, du plaisir simple d’être là et nulle part ailleurs.

Au bout du troisième jour, les marques sont prises et j’arrive maintenant à enlever la poule récalcitrante sans avoir peur de me faire picorer les doigts. Victoire !

Mike et Nico partent couper du bois pendant qu’avec Sue nous préparons des Cheese-scones et des Chocolate brownies. Je note judicieusement les recettes sur mon carnet pour épater mes copines à la rentrée.

Je fais une orgie de Cream tea : scones accompagnés de beurre, confiture et crème fouettée.

Nous mangeons ce que le potager nous fournit : pommes de terres, carottes, courgettes, haricots verts, salades, radis et bien d’autres produits frais exaltés par le talent de cuisinière de Sue. J’apprends qu’en permaculture, chaque espèce a un rôle propre et que certaines s’associent pour être plus fortes.

Pour les citadins que nous sommes, cette expérience a le mérite de nous faire retrouver une partie du passé laissé aux oubliettes depuis de nombreuses années. De revenir à la terre et de renouer avec le goût des aliments cultivés dans le jardin. J’en retire une vraie satisfaction et les jours qui s’écoulent s’enchaînent naturellement.

Après dix jours, nous sommes contraints de quitter cet Eden pour revenir en France et l’idée du retour trotte dans ma tête comme une bête noire.  La ville de Paris ne me manque pas, je me sens si bien là bas et je vais avoir beaucoup de mal à quitter Sue et Mike.

J’embarque avec moi des confitures, théières et une petite chouette fabriquée par Sue avec de la laine de mouton. Les au-revoir pèsent comme du plomb mais l’on sait au fond qu’ils ne sont pas définitifs et que l’on reviendra.

Je recommande chaudement le woofing à tous ceux qui ont envie de vivre des moments hors des sentiers battus, des rencontres et des partages au delà des frontières. Toute l’année est programmée à partir de normes et de calendriers qu’il faut respecter, de vacances en touristes, de visites à la famille ou chez les amis…

Finalement on reste centrés sur soi et ses intérêts. Dans l’expérience woofing, il y a une part d’aventure, beaucoup de curiosité et l’idée de ne plus penser qu’à soi ou à son couple mais de donner de sa disponibilité et de ses compétences à des gens que l’on ne connait pas encore… et qui vous le rendent au centuple !

Merci à Sue et Mike pour ce séjour fabuleux qui nous a fait grandir .

3 Replies to “Woofing’s experience”

  1. Merci pour ce formidable récit qui donne très envie de rencontrer Sue et Mike… mais aussi de faire une scone party à la rentrée. Profitez bien de la suite de vos vacances !

  2. Oooh ça donne envie ! Moi qui suit dans ma phase britannique en ce moment en plus ! Et tu m’as donné faim aussi 😉

  3. Merci mille fois Elsa. En te lisant j’ai un peu voyagé avec vous. Ton témoignage donne vraiment envie de vivre cette expérience du woofing. Et comme Nath, j’attends avec impatience de goûter aux Elsa’s scones ?

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